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UNE RUE QUI EN A VU DE TOUTES LES COULEURS !

La plupart des personnes qui empruntent aujourd’hui la rue Bleue ne se doutent guère que celle-ci s’appelait bien autrement dans le passé et a connu une histoire assez mouvementée, ce que cache le nom qu’elle porte de nos jours, plutôt associé à une image de sérénité…

La vallée des rainettes À l’extrémité est de la rue actuelle, courait l’ancien chemin de la marée (où passait l’ancienne rue Sainte-Anne, maintenant rue du Faubourg-Poissonnière) qui permettait depuis le port de Boulogne l’approvisionnement des Halles en poissons. C’était aussi l’extrémité nord des pâturages du couvent des Filles-Dieu de la rue Saint-Denis, fréquenté dès le XIIIe siècle par des prostituées converties (l’actuelle rue de Paradis).

À l’ouest, se trouvait la limite du vaste domaine des Porcherons avec son château construit au XIVe, puis rasé au XIXe (il en reste d’ailleurs pour seul vestige une fontaine au fond de l’avenue du Coq donnant rue Saint-Lazare, fermée par une grille). Jusqu’au XVIIe siècle, ce chemin qui menait au village du Roule plus à l’ouest, en passant par le clos Cadet (du nom d’une famille de maraîchers), traversait alors une large zone de marécages parsemée de prés et de vergers. Le lieu-dit, très humide, se dénommait « Vallaroneux » (vallée aux rainettes, espèce de grenouille verte qui fréquentait ces lieux) et non Val Larroneux (repaire à mauvais larrons !). Nous ne sommes pas loin en effet du Grand Égout (à l’emplacement de l’actuelle rue Richer) qui venait de Ménilmontant pour se jeter dans un bras de la Seine au niveau de l’actuelle rue de la Boétie.

Ce qui allait plus tard devenir la rue Bleue occupait une levée de terre au milieu du marais, au sud du quartier de la Nouvelle-France créé en 1644, en mémoire des 4 000 hommes enrôlés pour partir au Québec sur ordre de Richelieu. La voie elle-même s’appelait ruelle des Volarnaux, comme l’atteste le plan de Gomboust en 1652. Ce nom est en fait issu de la contraction latine vallis ranarum, « le val des grenouilles ». D’un nom à l’autre En 1714, elle prend le nom d’Enfer et ne comprend encore ni maisons ni lanternes. Cette appellation est trouvée par opposition à la rue de Paradis dont elle est le prolongement dans le 10e aujourd’hui.

Ce nom pourrait se justifier aussi par le vacarme « d’enfer » que feront un peu plus tard les soldats pour se rendre à leur caserne de la Nouvelle-France (construite en 1773) en revenant des guinguettes, ces lieux de plaisir du quartier des Porcherons, nombreux au XVIIIe siècle : On parle alors du «bruit et des querelles que la joie et les débauches occasionnent».

À cette même époque de nombreux artisans ou boutiques commencent à occuper les lieux à la suite de l’autorisation royale de construire dans les « faubourgs ». Une importante spéculation immobilière débute à la fin de l’Ancien Régime et surtout lors de la Restauration, avec la construction d’immeubles de rapport ou d’hôtels particuliers.

Le nouveau nom que la rue va prendre au moment de la Révolution n’est pas étranger à cette nouvelle vogue, car beaucoup d’habitants étaient mécontents du nom de rue «d’enfer», peu flatteur. Or c’est au duc d’Orléans, père du futur roi Louis-Philippe, mais aussi Grand Maître du Grand Orient de France créé en 1771 (cela a son importance comme on verra plus bas), que l’on doit en fait ce changement de nom. Pour les beaux yeux de la comtesse de Buffon, le duc d’Orléans fit changer le nom de la rue par un arrêt du Conseil du roi le 19 février 1789 : «La rue d’Enfer s’appellera désormais rue Bleue, nom qui se retiendra plus facilement que tout autre, attendu que dans le même quartier, il y en a une qui porte le nom de rue Verte ».

Évoquant cette liaison, Choderlos de Laclos écrira même au duc d’Orléans : « J’ose croire, Monseigneur, que ma lettre vous parviendra dans l’un des rares moments où Madame de Buffon laisse votre corps et votre esprit libres ». Voilà, à ce propos, ce que répondit le duc à l’un de ses correspondants: « Cette femme est un diable, elle m’aiguillonne sans cesse et, à l’entendre, je devrais être roi depuis longtemps ! ». Celle-ci livrera aussi d’intéressants témoignages de l’atmosphère qui régnait à la Cour lors de la Révolution. Lettre au duc de Lauzun, 20 août 1792 : « Si nous connaissions de l’esprit au Roi, nous pourrions prendre son insouciance pour du courage. Il se promène dans son jardin, en calculant combien de pieds carrés en tel sens ou en tel autre ; il mange et boit bien, et joue au ballon avec son fils… » Grace Elliott, autre maîtresse du duc d’Orléans, eut aussi ce commentaire : « A cette époque, il était amoureux fou de Madame de Buffon, la menant tous les jours promener en cabriolet et le soir à tous les spectacles. Il ne pouvait donc s’occuper de complots ni de conspirations ». Elle se trompait : son nouveau nom, Philippe-Égalité, pris à la Révolution, et son élection comme député, (il avait même voté la mort de Louis XVI, pourtant son cousin) ne suffiront pas à lui éviter la guillotine en 1793…

Ce nouveau nom de rue n’est donc pas lié à un événement plus tardif, comme cela figure dans le « Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris » de Félix et Louis Lazare (1844), la présence en 1802 d’une manufacture de boules d’indigo qui déteignaient et coloraient en bleu les ruisseaux du secteur… La maison du bourreau À propos de guillotine, comment ne pas mentionner la présence dans cette rue, au nom d’enfer prédestiné, de la maison où naquit en 1739 Charles-Henri Sanson, exécuteur (entre autres…) de Damien, puis de Danton, Charlotte Corday, et surtout de Louis XVI (mais non de Marie-Antoinette), et qui contribua à mettre au point la guillotine (avec l’approbation du roi lui-même qui en subira ensuite les macabres effets).

Dès 1707, son père Charles Sanson (premier membre de sept générations de bourreaux entre 1688 et 1847) vint en effet habiter discrètement une des premières maisons construites au début du XVIIIe siècle dans ce qui était encore la rue d’Enfer, qui portait décidément bien son nom… Cette maison à deux étages se situait au n° 69 de la rue du Faubourg-Poissonnière aujourd’hui (à l’angle de la rue Bleue donc) et possédait un grand jardin de deux arpents accessible par un petit escalier, avec deux puits et un verger qui se poursuivait jusqu’au croisement de la rue Bleue, et de la rue Ribouté, en allant jusqu’à l’emplacement de l’actuel square Montholon.

Les clients des chambres d’hôte de l’immeuble bourgeois du n°14 d’aujourd’hui (occupé par un bureau de Poste au rez-de-chaussée) ne se doutent probablement pas de la sombre origine du site ! Plus tard, le général Dalton, gouverneur d’Alger en 1831, habitera cet immeuble que l’on voit aujourd’hui. De l’obscurité à la lumière : l’expansion de tout un quartier au XIXe siècle C’est donc à la fin du XVIIIe siècle que la nouvelle rue Bleue allait progressivement être lotie, comme ses alentours et être rattachée sous le Directoire au quartier du faubourg Montmartre du 2e arrondissement.

Ainsi à l’emplacement des n°7 et 9, se trouvait sous Louis XVI une «petite maison », (maison de rendez-vous galant) comme le quartier pouvait en posséder alors, puis le siège sous Charles X de la société « Aide-toi, le ciel t’aidera »… Au n° 7, on trouvait encore là il y a quelques années un grand garage donnant sur la Cité Trévise avant qu’un immeuble de logements le remplace, il y a une quinzaine d’années… À la place du n° 9, un immeuble bourgeois a été ensuite construit en 1886. Comment ne pas évoquer ici cette tranquille Cité Trévise, créée en 1840 à la place de l’hôtel de Margantin construit par Lenoir en 1786 et la Brasserie Flamande voisine, en mémoire du Maréchal Mortier tué lors de l’attentat de Fieschi en 1835.

Cette voie autrefois fermée par des grilles, qui relie la rue Richer à la rue Bleue à la hauteur des n°7 et 9, très représentative des constructions de la Monarchie de Juillet, fortement empreintes de réminiscences de la Renaissance, est agrémentée en son milieu d’une petite place avec fontaine à vasques et érables sycomores, inspirée des Trois Grâces de Germain Pilon, ornant le monument funéraire du cœur d’Henri II, exposé au Louvre. L’immeuble du 11 bis est le plus remarquable avec son portail à colonnes et son mur à pan coupé orné de niches et d’une délicate tête sculptée. On note aussi que c’est au 14 que s’était installée la Société des Gens de Lettres, avec comme premier secrétaire Balzac en 1841.

La Cité Trévise a été rendue à l’espace public en 1983 et inscrite en grande partie à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1991. C’est l’architecte et spéculateur Nicolas Lenoir, très actif dans ce quartier, constructeur de l’hôtel particulier de Benoît de Sainte Paulle, 30 rue du faubourg-Poissonnière, qui contribua à l’expansion dès avant la Révolution, en faisant bâtir sur les nouvelles et courtes rues adjacentes ouvertes en 1781, Riboutté et Papillon.

La rue Riboutté, du nom de son beau-père contrôleur des rentes de la Ville, donne désormais sur la rue La Fayette percée en 1859, et le square Montholon, dont le nom peut être attribué au Président du parlement de Normandie, Nicolas de Montholon (1739-1789) qui avait son hôtel sur le boulevard Poissonnière, mais plus vraisemblablement au controversé général qui accompagna Napoléon à Sainte-Hélène, Charles-Tristan de Montholon et qui partagea la captivité du futur Napoléon III à Ham en 1840.

Ouvert en 1863 par Alphand, le square Montholon qui coupe en deux la rue du même nom, fut le premier square à bénéficier de l’éclairage électrique en 1900. Le square, rénové récemment, a conservé ses platanes âgés de plus de 150 ans et une statue en marbre datant de 1908 due à Lorieux, Sainte Catherine, l’ouvrière parisienne, à la mémoire des Catherinettes ! Plus près de nous, l’écrivain Serge Lentz situa là quelques scènes de son roman «Les années sandwiches» paru en 1981.

La rue Papillon, elle, abrita au n°10 la maison de Papillon de la Ferté, longtemps intendant des « Menus Plaisirs du Roi » (de 1756 à 1792), établissement situé sur un vaste quadrilatère compris entre les actuelles rues Richer et Bergère. Il s’agissait d’un service administratif et de stockage des « machines à divertissement» de la Maison du Roi, assorti d’une salle de répétition.

Au n°18, à l’angle de la rue La Fayette aujourd’hui, habita entre 1837 et 1839, Jacques-Fromental Halévy, compositeur et dont la fille Geneviève épousa Georges Bizet. Elle fut un des modèles de Proust pour le personnage de la duchesse de Guermantes dans « À la recherche du temps perdu ».

Le spéculateur Bony, propriétaire aussi de l’hôtel particulier construit en 1824 au 32 rue de Trévise (voir plus loin), fit construire là en 1830 un grand immeuble de rapport qui fait angle avec le n°2 de la rue Bleue, dont le bel ordonnancement des façades rappelle celui néoclassique de la rue de Rivoli (arcatures sur entresol, balcon filant au 1er et dernier étage). Auparavant, il y avait là une simple masure servant à remiser des tonneaux à bras de porteurs d’eau. NB.

Beaucoup plus récemment, en décembre 1995, un affaissement de terrain dû aux travaux du RER E, allait provoquer un quasi effondrement de deux immeubles, qui allait justifier une semaine commémorative pendant les années qui suivirent, transformant la rue en jardin avec des volières à papillons ! Dans la première moitié du XIXe siècle, ce quartier allait alors devenir à la mode, même si ses nouveaux habitants eurent à se battre parfois contre l’installation d’activités industrielles nuisibles.

Ce fut ainsi le cas en 1818 où une distillerie d’eau de Cologne s’installa rue Riboutté et allait dégager jour et nuit une fumée épaisse et déverser rue Bleue des écoulements brûlants et malodorants avant que son propriétaire ne tombe en faillite. Les habitants avaient même porté l’affaire devant le Conseil d’Etat pour y interdire toute réouverture et écrit un manifeste voulant défendre la qualité d’une rue où allait se bousculer le Tout-Paris de l’époque, comme le dira Alexandre Dumas père.

Celui-ci, au début de sa carrière, premier auteur de l’époque romantique à entrer à la Comédie Française (à 26 ans, avec « Henri III et sa cour» en 1828, juste avant « Hernani » d’Hugo), après avoir quitté en 1833 la rue Saint-Lazare, vint en effet habiter au n°30 de la rue Bleue jusqu’en 1837 (où il écrivit » Kean »).

Les travaux d’Haussmann ont ainsi fait perdre une douzaine d’immeubles à la rue Bleue réduisant sa longueur de 306 m à 250 m, ne subsiste que celui de l’actuel 65 rue La Fayette qui abritait la « Brasserie des Trois Portes » il y a encore une dizaine d’années, pour être remplacée depuis par une antenne d’un géant de la restauration rapide ! Sur la petite esplanade ainsi créée se trouve aujourd’hui la station de métro Cadet de la ligne Opéra-Porte de la Villette, ouverte en 1910 (ligne 7), avec son entrée Guimard qui vient d’être restaurée.

En 1860, sous le Second Empire, la rue a été rattachée au 9e arrondissement, nouvellement créé. La rue qui aboutissait donc auparavant rue Cadet, croisait aussi la rue Saulnier (du nom tous deux de maîtres jardiniers au XVIIe siècle) créée en 1780, alors passage fermé par une grille. Cette voie, très prisée au XIXe siècle, abrita d’abord au milieu du XVIIIe une « Folie» du duc Louis-Philippe d’Orléans, dit « Le Gros », dont il ne reste qu’un escalier dissimulé au n°19. Puis habitèrent là, Rouget de Lisle au 21, Offenbach au 23, Jules Verne au 18, Delacroix, comme plus tard Von Dongen y eurent leurs ateliers… Une rue qui décidément sait recevoir ! La rue Bleue allait connaître un vif engouement au moment de la Restauration, puis de la Monarchie de Juillet, avec des salons où se pressaient la bonne société cultivée de l’époque.

Alexandre Dumas, qui menait là grand train, écrivait encore à ce propos: « la rue Bleue tenait, à cette époque, au plus beau quartier de Paris. On se dispute, sans regarder au prix, ses petits hôtels et ses appartements de tous les étages, tant que des femmes d’esprit et de jolies femmes y reçoivent et y sont reçues, avec cette radieuse élégance qui pare non seulement le salon, mais encore la maison et, qui plus est, la rue » (Impressions de voyage).

Au n°13 de la rue, le long et étroit passage pavé qu’on y trouve encore mène au secret hôtel Bony, du nom d’un riche spéculateur de l’époque désireux d’être à la mode, qui a conservé son magnifique salon Restauration (fidèlement restauré en 1999). Construit en 1824, il bénéficie d’un bel ordonnancement de style néo-palladien superposant les ordres doriques, ioniques et corinthiens, sur ses deux façades. L’entrée, dotée d’un élégant avant corps central, se situa ensuite en 1853 au 32 de la rue Trévise, ouverte elle en 1836, rue qui croise la rue Bleue.

Au n°15, s’élève un immeuble dont la façade à balustres, abrite encore au troisième étage quatre belles statues à l’antique dans des niches. C’est là, au premier étage, qu’Alberthe de Rubempré (elle ajouta un h à son prénom !) tenait salon en 1829 et recevait notamment Prosper Mérimée ou Eugène Delacroix (son cousin) dont elle était la maitresse.

Le n°17 abrite un sobre immeuble Restauration avec sa façade en pierre de taille, rythmée par cinq arcatures en plein cintre englobant le niveau d’entresol. Une fois franchi le passage cocher, on découvre une longue cour pavée et arborée donnant à l’ensemble un petit air provincial. On y trouve aussi une maison qui aurait été habitée par le fils d’Oberkampf, manufacturier introducteur en France de l’industrie des toiles imprimées, à qui il avait succédé en 1815. Cette maison aurait été édifiée à partir de matériaux provenant de la muraille de Charles V démolie par l’explosion de la rue Saint-Nicaise (attentat contre Bonaparte, premier consul, le 24 décembre 1800).

Cette adresse allait ensuite connaitre une soudaine et brève notoriété : Adelaïde De Chaux, veuve à 19 ans de l’illustre général Hoche, avec qui elle s’était mariée en 1794 à 16 ans, venait faire là des séjours chez sa fille Jenny, future comtesse des Roys, qui y habitait.

Au n°19, la belle et élégante façade de l’immeuble, agrémentée de pilastres ouvragés au quatrième étage, lui-même surmonté d’un balcon filant, est ornée d’une série de quatre petites têtes sculptées de style néo-Renaissance propre à la Monarchie de Juillet, qui encadre les fenêtres du deuxième étage .

D’un monde à l’autre Au n°25 on trouve un bel exemple de l’évolution du quartier avec cet immeuble industriel construit en 1911 par l’architecte Henri Bertrand. Son originale façade mélangeant la fonte, le verre et la pierre, fut sculptée par Cochi pour la maison Leclaire, fondée en 1826, fabrique de papiers peints et de produits pour le bâtiment. Son nom figure encore au balcon du dernier étage et un grand médaillon montre le profil de son fondateur, Edmé Jean Leclaire (1806-1872), précurseur social qui avait instauré dès 1838 la participation du personnel aux bénéfices, avec sa « Société de prévoyance et de secours mutuel pour les ouvriers peintres de la maison » ! En 1848, fut même créée « l’association de l’ouvrier aux bénéfices du patron », paternalisme social en réponse aux journées révolutionnaires de cette année-là ? Celui-ci obtint la Légion d’Honneur le 2 mai 1849, pour avoir introduit l’emploi du blanc de zinc en remplacement de la céruse de plomb à l’origine du saturnisme. Après avoir abrité la Maison du Nord-Pas-de-Calais, l’immeuble est le siège aujourd’hui du GACD (Groupement d’Achat des Chirurgiens Dentistes), marquant ainsi avec le siècle précédent une sorte de grand écart dans les problématiques sociales…

En face, à la hauteur du n°20 se trouvait la maison de Barras, membre éminent du Directoire, qui avait eu comme maîtresse à cette époque Joséphine de Beauharnais et à qui il fit connaitre Bonaparte, un temps rivale d’Adelaïde de Chaux, l’épouse de Hoche (voir plus haut)! Le périmètre de l’histoire peut parfois être réduit … Il y habita à son retour de disgrâce à la fin de l’Empire, en 1815. La maison fut ensuite remplacée par un immeuble construit lors du percement de la rue La Fayette en 1859.

Dans l’immeuble du n°29, qui fait désormais le coin avec la rue La Fayette, habita Léon Gozlan, romancier, secrétaire de Balzac, qui lui succéda à la présidence de la Société des Gens de Lettres. Se cache dans la petite cour une jolie fontaine au triton, issue sans doute de la réputée fonderie du Val d’Osne, datant de la fin du XIXe. La rue Bleue allait encore connaître au 20e siècle plusieurs périodes. Si la clientèle des salons mondains avait disparue, remplacée par une bourgeoisie plus classique, ce sont les activités artisanales et commerciales qui allaient prendre progressivement le pas. Comment ne pas évoquer la création de boutiques de fourreurs, nombreux aussi rue du faubourg-Poissonnière, ou de bijoutiers, comme également rue La Fayette? On vit même une fabrique de jambes de bois installée dans la cour du 3 bis, au moment de la guerre 14-18 ! Les communautés juives et arméniennes allaient être alors bien présentes dans la rue, notamment après le génocide de 1915 en Turquie et l’exode qui s’ensuivit dans les années vingt.

Ainsi, au fond de la cour du 17, la Maison de la Culture Arménienne est toujours le centre de la vie associative de la diaspora, après avoir occupé l’hôtel Bony pendant des années. Plusieurs associations y ont leurs locaux, on y trouve également une bibliothèque au 2ème étage et une cantine permet également de s’y restaurer. La rue a même été l’objet de sujets de cinéma. Deux films sont sortis, ayant tous deux comme objet l’intégration des communautés arabe et juive et pour décor la rue Bleue : « 17 rue bleue », en 2001, et « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » en 2003, avec Omar Sharif, tiré du roman éponyme d’Eric-Emmanuel Schmitt. Emmanuel FOUQUET © E. Fouquet 2014 ©9ème Histoire 2014

http://www.neufhistoire.fr/articles.php?lng=fr&pg=97&tconfig=0

Quelques sources bibliographiques :

Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844.

Charles Lefeuve, Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Tome 1, 1875. Marquis de Rochegude,

Promenades dans toutes les rues de Paris, Hachette, 1910. Jacques Hillairet,

Connaissance du vieux Paris, Editions de Minuit, 1956. Henri Martineau, Le cœur de Stendhal, Tome 2 Albin Michel, 1953. Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, Fayard, 2003.

Maryse Goldemberg, Le guide du promeneur 9e arrondissement, Parigramme, 1997.

Alain Rustenholz, Les traversées de Paris, Parigramme, 2006.

Jean-Marie Cassagne, Paris,

Dictionnaire du nom des rues, Parigramme, 2012 www.mairie09.paris.fr ,